Peintures murales d’irlande du nord — wikipédia gas kinetic energy

Les premiers murals, quasi-exclusivement unionistes, sont apparus au début du XXème siècle dans le contexte de lutte contre la Home Rule. Axés sur des symboles traditionnels unionistes comme le roi Guillaume III d’Orange, ces peintures symbolisent la suprématie loyalistes au sein de l’espace public irlandais [1 ].

La réalisation des fresques loyalistes faisait partie des festivités chaque année autour de la commémoration de la bataille de la Boyne, le 12 juillet 1690, occasion pour la population protestante de réaffirmer sa loyauté à la Couronne d’Angleterre et sa suprématie sur la population de confession catholique.

Si du côté loyaliste, l’apparition de murals s’est faite dans un contexte commémoratif, du côté républicain, les premières fresques apparaissent dans un contexte de lutte et de censure. Le véritable début des murals républicains est représenté par la fresque "You are now entering Free Derry", marquant la limite du quartier catholique de Bogside [1 ]. À partir de la fin des années 1970, au moment de la lutte des prisonniers pour un statut politique, les républicains ont commencé à peindre des slogans sur les murs comme moyen de soutien et de propagande [2 ].

La perte du parlement en 1972 au profit d’une administration directe de Londres entraîne une crise d’identité de leur part. Les peintures en l’honneur de Guillaume d’Orange qui célébraient leur suprématie sur les nationalistes n’ont plus de raison d’être puisqu’ils ont perdu le contrôle de l’Etat. D’autre part, il leur est difficile de s’opposer à la couronne britannique sans mettre à mal leur loyauté.

Pourtant, l’ accord anglo-irlandais signé en novembre 1985 entraîne une très forte réaction des leaders politiques unionistes en même temps qu’une réactivation des groupes paramilitaires loyalistes et une résurgence des peintures murales notamment militaristes. Ces murals ont aussi pour but de marquer les territoires des différentes organisations loyalistes rivales.

Les thèmes militaristes bien que majoritaires n’ont pas été les seuls abordés chez les loyalistes. Leur crise d’identité s’est caractérisée par une recherche d’un passé, d’une culture que l’on va retrouver dans les thèmes abordés dans les murals : la lutte contre la Home Rule, la bataille de la Somme, le défilé de Drumcree, les présidents des États-Unis d’origine écossaise d’Ulster ou encore la famille royale. Les murals loyalistes reprennent donc, dans leur quasi-totalité, des thèmes identitaires ; l’expression mémorielle et culturelle n’étant qu’accessoire [1 ].

Après, l’ accord dit « du Vendredi Saint », les fresques militaristes des quartiers loyalistes ont commencé à disparaître souvent à la demande des habitants pour laisser apparaître des murals ayant pour sujet des figures locales sans lien avec l’actualité politique comme George Best, le Titanic (construit dans les chantiers navals de Belfast) ou encore des fresques historiques. Chez les républicains, si l’on exclut l’International Wall à Belfast qui est régulièrement recouvert de nouveaux murals, l’entrée de Sinn Féin dans un processus démocratique a eu pour effet de ralentir les murals à caractère revendicatif pour laisser place à des fresques commémoratives qui permettent de garder le lien avec l’ IRA provisoire et les luttes passées comme la grève de la faim de 1981, dont le premier homme à mourir fut Bobby Sands.

De manière générale, les murals revendicatifs tendent à disparaître des zones mixtes et touristiques, plus favorisées, mais continuent d’exister au cœur des quartier communautarisés et défavorisés. A Belfast, alors que le centre-ville présente une image plus pacifique et apaisée, l’est catholique et l’ouest protestant compte encore de nombreux murals aux thèmes belliqueux. Cette division géographique recoupe le clivage socio-économique : à Belfast, les murals, qu’ils soient unionistes ou républicains, sont regardés de manière plus favorable par les classes populaires [1 ].