Tout va très bien madame la marquise (chanson) — wikipédia electricity 220v

Un dialogue de ce type figure déjà, en plusieurs versions, dans les Contes populaires russes d’ Alexandre Afanassiev (1871), sous le titre générique Khorocho, da khoudo (« Ça va bien, mais ça va mal »). En particulier la version numérotée 230f/417 [1 ], intitulée en français par Lise Gruel-Apert « Tout va très bien ou le Noble ruiné » [2 ], qui reproduit un dialogue entre un barine (châtelain) et son intendant, est très similaire au texte de la chanson. Ce texte, recueilli dans la province de Perm, avait été censuré dans la première édition du recueil. Le thème circule à travers toute l’Europe depuis le Moyen Âge [3 ], certaines des plus anciennes traces littéraires (en latin) ayant été retrouvées dans les Exempla de Pierre Alphonse ( XII e siècle) [4 ] et ceux de Jacques de Vitry ( XIII e siècle).

Sa création résulte, selon Paul Misraki lui-même [ Tout va très bien, la vie d’un compositeur, manuscrit inédit] de l’échec d’une première soirée de tournée de Ray Ventura et ses Collégiens, à Nîmes, dans le sud de la France. L’ambiance était morose, et l’orchestre ne parvenait pas à réchauffer la salle. Les musiciens catastrophés cherchaient tous une idée pour relancer le spectacle. C’est Coco Aslan qui semble avoir suggéré l’idée du « sketch avec la Lady écossaise ». Paul Misraki se mit alors au travail, trouva assez vite le « départ » (les premières notes), puis composa toute la nuit, avec comme compagnon un camembert, qu’il mangea en entier. Au petit matin, le compositeur s’accorda une ultime fantaisie : le « pont » qui commence par « un incident, une bêtise… », en rupture totale avec le rythme et l’ambiance de la chanson jusque-là. Et le soir, ce fut un triomphe.

Chantée à trois voix à l’origine, la chanson raconte une conversation téléphonique entre une vieille aristocrate et son valet James qui lui fait part des catastrophes survenues dans son château pendant son absence de deux semaines (de manière antéchronologique, depuis la mort de sa jument jusqu’au suicide de son mari, chacune de ces catastrophes étant la conséquence directe de la précédente, plus grave encore).

Au même titre que le film de Renoir La Règle du jeu, Tout va très bien madame la marquise est devenu un raccourci historique pour dépeindre l’immédiate avant-guerre (années 1935-1939) en France et peut-être plus particulièrement les accords de Munich (septembre 1938). Dès l’année suivant son enregistrement (22 mai 1935 [5 ]), la formule fait déjà florès auprès des journalistes. L’expression « Tout va très bien monsieur Herriot » est employée au moment des grèves de juin 1936. Ce sera ensuite « Tout va très bien Monsieur Mussolini [6 ]. » Et enfin Tout va très bien mon Führer sur les ondes de Radio-Londres [7 ].

La chanson a été adaptée en russe dès 1935 par Alexandre Bezymenski, et interprétée dans cette langue notamment par Léonid Outiossov, en duo avec sa fille Edith ; en hébreu, par Dan Almagor [8 ] ; en allemand (Heinrich Pfandl, 2010 [9 ]), et en italien [10 ].

Paul Misraki continuera toute sa vie à avoir du mal à assumer ce fulgurant succès (il avait 28 ans, et la chanson s’est faite en une nuit), plusieurs de ses écrits mentionnant cette chanson comme un « incident », justement. Au cinéma [ modifier | modifier le code ]